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Le résumé du projet BodyCapital

Capital Corporel. Individus, sociétés de marché et politiques corporelles dans une Europe audio-visuelle du 20e siècle.

Savez-vous de combien d’heures de sommeil paradoxal vous avez besoin pour travailler efficacement ? Scrutez-vous les étiquettes alimentaires pour vérifier que vous absorberez bien toutes les vitamines et tous les minéraux dont vous avez besoin ?  Connaissez-vous quelqu’un qui utilise un podomètre pour savoir s’il fait suffisamment d’exercice ? Il ne s’agit là que de quelques exemples de perceptions concernant la santé et de quelques pratiques individuelles dans l’Europe du 20e siècle. Ce siècle se caractérise par l'augmentation du nombre de produits et de techniques pour le corps et sa santé. Le flot de documents audiovisuels qui a commencé à circuler d’un pays à l’autre dans cette période et l’avènement d’une société des médias en sont non seulement les témoins mais ils ont aussi contribué et influencé ce phénomène. La santé du corps est devenue progressivement une nouvelle forme de capital (Bourdieu 1979) : une forme de capital symbolique qui peut être transformé en capital économique.

Le groupe de recherche financé par le European Research Council, « Capital Corporel. Individus, sociétés de marché et politiques corporelles dans une Europe audio-visuelle du 20e siècle », dirigé par Christian Bonah (Université de Strasbourg) et Anja Laukötter (MPIHD, Berlin), se propose d’examiner ce concept de capital corporel et son histoire en mettant l’accent sur l’histoire des documents audiovisuels de masse (films, TV, Internet) ainsi que d’inédits (documents audiovisuels amateurs, familiaux et privés) au cours du 20e siècle en Europe et au-delà.

Le projet de recherche prend comme point de départ la proposition selon laquelle les documents audiovisuels ne seront pas envisagés simplement comme un miroir ou comme exprimant ce qu’ils observent ; ils seront considérés comme une force performative interactive et spécifique des sociétés de médias de masse.  Nous considérons que ces documents sont essentiels et originaux, premièrement parce que leur distribution est extrêmement large, deuxièmement parce qu’ils transcendent les groupes professionnels et sociaux, troisièmement à cause de leur caractère utilitaire, et quatrièmement parce qu’ils font écho aux principes de l’économie de marché en ce qui concerne la promotion/communication. En cela, nous suggérons que les documents audiovisuels véhiculent des significations heuristiques et analytiques.

Nous cherchons à comprendre le rôle que les médias de masse audiovisuels modernes ont joué dans ce qui peut être décrit comme le passage d’un paradigme de santé publique bio-politique national au début du 19e siècle à des formes de sociétés à la fin du 20e siècle où une vie meilleure et plus saine est de plus en plus définie par des forces et un fondamentalisme de marché. Ici, le début du 19e siècle est caractérisé par des corps collectifs, une société de main d’œuvre et de travail et un intérêt des états à pouvoir mobiliser de grandes cohortes d’ouvriers, soldats et sujets coloniaux valides. Le 20e siècle, lui, est caractérisé par des individus, un capital corporel inscrit dans une société de consommation, et des incitations de marché – menant à ce qu’on pourrait définir comme des corps « commodifiés ». Notre objectif est d’étudier ces évolution à travers le prisme des documents audiovisuels dans l’histoire de trois pays européens qui tiennent une place centrale dans la production économique et audiovisuelle tout en se distinguant les uns des autres par leur culture audiovisuelle et leur degré d’adhésion aux politiques de marché néolibérales au cours du 20e siècle : la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne. En outre, nous inclurons dans ces travaux les évolutions observées aux États-Unis, au Canada et en Russie/URSS ainsi que les influences exercées par ces pays comme références complémentaires et contrepoints à nos analyses. Dans ce cadre historique et géographique, le projet s’attache à quatre axes principaux en ce qui concerne l’intérêt pour la santé au 20e siècle :

-                   histoire des aliments/nutrition

-                   histoire du mouvement/exercice physique/sport

-                   histoire de la sexualité/reproduction/naissance

-                   histoire de la dépendance/addiction/surconsommation

When the Consumer Comes Last: Stakeholders in the British Contraceptive Screen, 1955-1995. by Jessica Borge

As with smoking, the visibility of contraceptives has long been associated with their uptake by parties concerned with unhealthy and/or immoral practices. A proposed Contraceptives Bill in the 1930s aimed to stamp out the retail presentation of contraceptives and related materials on British high streets, and to otherwise place contraceptive products into unattractive, plain packets to discourage spontaneous purchases. In the event, the Bill did not become law but its residual effects continued to be felt by both commercial and social stakeholders seeking to further the contraceptive cause over the coming decades. The visibility issue was deeply embedded in British culture, buried in concerns over the commercialisation of what some felt to be a social cause. Anxieties amplified as the new mass medium of television encroached upon everyday life, especially as contraceptive stakeholders sought to exploit this new PR channel for ideological (and sometimes commercial) gain.

This project will identify, investigate and compare stakeholders in the televisual presentation of contraceptives in post-war Britain, assessing their motivations, actions and outcomes over to three core periods, namely;

- 1955-1970

- 1970-1980

- 1980-1995

Core periods are defined by what Williams calls the “limits” and “pressures” affecting the televisual presentation of contraception, including cultural and regulatory change to the point where, by the mid-1990s, contraceptive visibility had become largely acceptable (Raymond Williams, Television: Technology and Cultural Form (London: Fontana, 1974), 10.)

A major concern of this project is to track incidences of on-screen manifestations of contraceptives in respect of the struggle between social and commercial stakeholders who sought to expose or hide contraceptives on TV, or to manipulate the degree or tone of coverage.

As such, it asks;

·      How was the long-standing aversion to the visibility of commercial birth control products manifested on television, and in debates surrounding television regulation?

·      What were the perceived or intended qualitative differences between the televisual exposure of contraception and that of other media?

·      Who stood to gain from the televisual exposure of contraception and contraceptive practices? What techniques did stakeholders and their advocates employ to control or restrict exposure?

·      What did consumers actually find distasteful or offensive, and how was the debate refreshed between the 1950s and 1990s?

·      How did the visuality/non-visuality of specific contraceptive technologies affect televisual representation in Britain?

Overall, the project asks if the visuality of contraceptives (with their concomitant for-profit marketability) was at the heart of the problem of getting contraceptives on screen in the 1950s - 1980s, tracking historical continuities up to 1995. The objective is to produce an extended, culturally specific case study on post-war Britain that serves, intersects and responds to the ERC BodyCapital project and complements the broader aim of understanding the individual, healthy self as part of a market-based society. An historical-critical methodology will be used in the appraisal of source materials, which will be analysed and presented within a socio-historical framework. Research is being conducted in both Strasbourg and London.

by Jessica Borge, May 2018.